Voici pourquoi la mention « Fabriqué au Canada » doit s’appliquer aux médicaments vitaux


Dr Graham D. Sher

Publié par Postmedia, 20 janvier 2026

À l’heure où nous cherchons, en tant que Canadiens, à accroître notre autonomie, notamment par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement essentielles, le renforcement de nos capacités de production et la réaffirmation de notre souveraineté, il y a un domaine où il est crucial de renforcer notre autonomie.

Et ce domaine, bien imbriqué dans notre système de santé, présente une dépendance peu connue. Lorsque le système immunitaire d’une personne ne fonctionne pas correctement, les médecins font appel à des immunoglobulines vitales, des médicaments fabriqués à partir de plasma humain, ce liquide doré qui constitue plus de la moitié de notre sang et qui assure le transport des protéines soutenant les fonctions immunitaires. 

La demande mondiale en immunoglobulines augmente rapidement. Au Canada, elle devrait croître de plus de 50 % au cours des cinq prochaines années. Cette pression est accentuée par le fait qu’aujourd’hui, 70 % des immunoglobulines requises pour soigner les patients canadiens sont importées des États-Unis, où elles sont fabriquées en grande partie à partir de plasma provenant de donneurs rémunérés. 

Une des leçons marquantes de la pandémie de COVID-19 est la suivante : les pays qui ne fabriquent pas leurs propres produits essentiels s’exposent à des risques. La résurgence des stratégies protectionnistes à l’échelle internationale l’illustre de façon encore plus éloquente. 

La Société canadienne du sang propose un plan pour changer la situation, avec l’aide des Canadiens.  

Grâce au financement des gouvernements fédéral et provinciaux/territoriaux, nous avons ouvert plusieurs centres de donneurs et nous continuerons d’en ouvrir d’autres.  

Nous recueillons aujourd’hui plus de plasma que jamais et, pour suivre la cadence de la demande, nous avons conclu un partenariat avec un leader mondial dans le domaine de la collecte et de la transformation du plasma. Le réseau de centres de collecte de plasma de ce partenaire vient appuyer les efforts de la Société canadienne du sang. Notre entente comporte d’importantes balises pour faire en sorte que le réseau de notre partenaire ne concurrence pas nos efforts de recrutement et n’érode pas notre bassin de donneurs. Nos activités sont complémentaires, et leurs résultats doivent s’additionner. Ce partenaire a également construit la première usine de fabrication de produits plasmatiques à grande échelle au Canada, un investissement crucial dans la stratégie industrielle nationale du pays.  

Notre plan permettra d’établir la première chaîne d’approvisionnement nationale de bout en bout en immunoglobulines, fabriquées au Canada à partir de plasma canadien et destinées exclusivement aux patients de notre pays. Bientôt, le plasma recueilli ici ne franchira plus la frontière pour être traité ailleurs. Ces précieux médicaments seront plutôt fabriqués ici, en sol canadien. Cette chaîne d’approvisionnement nationale est à la fois novatrice et essentielle. Et cela s’inscrit parfaitement dans l’objectif de notre pays, qui consiste à réduire notre dépendance vis-à-vis de certains partenaires commerciaux, à garantir notre résilience face aux chocs mondiaux et à créer une industrie canadienne forte dans le domaine de la fabrication de médicaments biologiques.  

Le but premier de cette stratégie est d’accroître notre autonomie en matière de médicaments à base d’immunoglobulines. Or, l’accroissement des capacités de collecte et de transformation du plasma génère des sous-produits qui peuvent être utilisés pour fabriquer un autre médicament essentiel, l’albumine. Comme les besoins du Canada en albumine sont déjà satisfaits grâce au plasma dont nous disposons aujourd’hui, notre partenaire utilise ces précieux sous-produits biologiques, au lieu de les jeter, pour fabriquer de l’albumine destinée à des patients d’autres pays. On veille ainsi à ne pas gaspiller d’inestimables ressources biologiques.  

Ce plan visant à renforcer la résilience à l’intérieur de nos frontières a été élaboré en collaboration avec des patients, des cliniciens, des analystes du secteur et du marché, des économistes de la santé, des spécialistes en éthique et en droit, ainsi que d’autres fournisseurs de sang.  

Et il donne déjà des résultats. Le taux national de suffisance en immunoglobulines est passé de 15 % en 2022 à 30 % cette année.  

À titre d’autorité nationale en la matière, la Société canadienne du sang doit veiller à ce que l’approvisionnement en sang et en produits sanguins soit sûr et suffisant pour répondre aux besoins des hôpitaux et des patients au Canada. C’est une responsabilité publique que nous prenons très au sérieux.  

Pour tenir cet engagement, nous comptons sur des milliers de personnes qui donnent généreusement pour aider des gens qu’elles ne rencontreront jamais. Les Canadiens sont très fiers de ce genre de service, car 78 % d’entre eux considèrent le don de sang ou de plasma comme un moyen important de rendre service à la communauté, et près de la moitié y voient une expression de la générosité canadienne.  

Pourtant, nous sommes face à un paradoxe : même si une personne sur deux est admissible au don au Canada, seule une personne sur 76 devient donneuse.  

Cet écart pèse lourdement sur nos systèmes de santé, étant donné le vieillissement démographique et le recours croissant à des médicaments dérivés du plasma.  

Le don est un geste discret de solidarité civique, une forme de patriotisme mis en pratique. Il garantit que les hôpitaux disposent de tout ce dont ils ont besoin pour prodiguer des soins vitaux. Le besoin est urgent, tant pour les patients d’aujourd’hui que pour l’avenir de nos systèmes de santé. Le renforcement de l’approvisionnement en plasma du Canada constitue une priorité nationale, et notre plan est déjà en voie de réalisation. Chaque don contribue à sécuriser un peu plus notre approvisionnement.

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